Au sujet des récits que l’on construit

Au sujet des récits que l’on construit

Je blablate beaucoup ces derniers temps. A tel point que je prends le temps d’écrire ici un dimanche, c’est dire si l’heure (de la messe du coup) est grave.
Impossible de faire tenir mes propos dans QUELQUES phrases concises, j’ai donc – en toute logique – pris mille fois plus d’espace pour tenter de m’exprimer le plus précisément (et que le message passe).

Comment vous dire … Ça fait des années que je saoûûûûûûûûûle mes proches avec ma théorie du récit, me suppliant de les soulager, j’ai préféré écrire pour qu’il n’y ait pas de jaloux et vous mettre au supplice vous aussi. Call me Père Castor, Slim Shady ou Team Rocket – I’m back.

En espérant électrifier un tout petit peu le circuit de nos pensées sans que je nous arrache honteusement à nos certitudes insufflées.
Corgito ergo sum, ou plus littéralement « le ptit Corgi a le seum ».

Je vous laisse lire ça dans votre intimité, je m’en vais urgemment méditer sur les raisons – disons-le – légitimes de mon inemployabilité. Dans certaines circonstances, comme les miennes, on ne peut même plus compter sur le quota diversité (mdr).


N’y passons pas par 4 chemins, je pose là notre besoin de créer une Direction Artistique (et politique) intergouvernementale (bah oui, enfin !).

Cette DA viserait à conseiller tant sur les visions d’émancipation proposées par l’art que sur les moyens employés pour cette même fin politique. Avec un statement qui claque du style : Make it Beautiful (not « great again », we all know it has never been, just saying !) – « beauté folle » pour les moins anglophones 🤝.

Elle permettrait de travailler ensemble à rediriger nos sociétés vers plus d’ouverture et de connaissance – sur la vie, sur le monde, tout en les protégeant. Avec pour objectif de nous ériger comme seuls conteurs de nos vies et de nous rendre libres d’être (et de faire ce) qui nous fait envie… car le travail n’est guère un fin, quoiqu’en disent tous les copains.


Je vous raconte cela car, un constat m’a frappée (et j’ai un peu eu mal mdr), il y a de ça quelques années. J’ai ouï-dire qu’un des regrets les plus fréquents parmi celles et ceux au crépuscule de leur vie – était celui de n’avoir pas véritablement profité de celle-ci. D’avoir été happé.e.s par leur travail, alors qu’in fine ça ne sert qu’à amasser des brins de paille*

*adaptation de la narration. Cela ne m’a pas été présenté en ces termes, je retransmets seulement ma perception ultra-édulcorée.

Ce que je veux dire par là, c’est que nous subissons. Conscient·e·s ou pas, nous sommes formatés (/ formé-athées) pour une seule croyance, capitaliste de surcroît. Pour que l’argent ait une valeur, il faut croire à ce fantastique mantra.

Vous conviendrez que le papier imprimé détient une valeur et un pouvoir symboliques, volatiles à tout-va, ou plutôt tributaires des « crises » et politiques économiques. Il existe évidemment une forte intersection entre ces deux derniers phénomènes… Je suis malhonnête : la santé économique est LA conséquence directe de nos choix politiques.


La narration de l’obligation sociale et politique

Ainsi, nos pensées et champs des possibles sont étriqués par « le principe de réalité ». Cette même-réalité présentée comme une fatalité – unique et naturelle – quand elle est de toute pièce fabriquée.

Comme si tout était de l’ordre de la bonne morale et que nous avancions au gré du vent et de celui des saisons.

Tout ce qui se passe nous semble normal* (n’y avait-il pas un Président qui se réclamait de ce courant ? N’est-ce pas lui-même qui scandait « le changement c’est maintenant » ?). Est-ce plausible en ce moment ? Comment pouvons-nous nous convaincre aveuglément ?

Souvenez-vous du vieux Platon : la caverne nous protège et nous conforte dans son récit – mais l’obscurantisme s’intensifie au rythme effréné où les colons se démultiplient.

Allons, vite, sortons. Ils sont là pour nous enfumer. Bien que -symboliquement- nos idées soient déjà très parfumées / a.k.a « trépas fumé » si j’étais seulement cynique / a.k.a « trépas affuré » si mon humour était aussi audible qu’il est non polissé. 😏

Figurez-vous que j’ai tout à fait conscience de passer pour une allumée, il n’en demeure pas moins que je soutienne notre pouvoir d’agir, encore faudra-t-il choisir de ne plus guère subir.

Ne plus obéir à la cadence** morbide de ceux qui nous exploitent (et oui, tous ici – patrons inclus – sommes des oppressés, il n’y a que les passionnés pour apprécier le temps passé à cravacher). Je ne dis pas là qu’il faut se braquer et tout lâcher, il faut adapter, en douceur, chaque domaine de nos vies. Négocier les conditions de son travail pour que celui-ci soit pourvoyeur de sens et, par pitié, prendre le temps de vivre, de s’évader sans plus longtemps penser ‘productivité’.

[** Antonin Bergeaud (meilleur jeune économiste 2025) met en lumière nos choix de société concernant le temps de travail au regard des mirobolants gains de productivité. Une heure de travail aujourd’hui produit 20 fois plus de valeur qu’il y a 200 ans. Il remet cela en perspective affirmant que nous aurions pu choisir de travailler 20 fois moins qu’avant. Or, nous avons collectivement opté pour une diminution du temps de travail de moitié, permettant par-là même de nous enrichir 10 fois plus (sur le dos de celles et ceux dans la précarité, d’où le rictus 😬). J’aurais pu ici-même évoquer une autre cadence, celle de la mort au travail; ou peut-être juste évoquer celles et ceux qui – accidenté.e.s, pressurisé.e.s – ont vu leur travail leur ôter la vie.]


J’affirme aussi que nous compensons le manque et la frustration par nos appétits d’achat, comme si les choses pouvaient combler le vide que chacun·e a au fond de soi.

Bien-sûr, ce vide, vous pouvez le faire taire, ou bien, vous occuper continuellement pour ne pas y penser. Ça revient à ignorer les messages du corps qui ne sait que somatiser pour s’exprimer. Le corps, lui, sait par cœur que la nature est belle et saine. Mais, prétentieux, nous tuons tout l’écosystème, nous convainquant vainement de n’être ni dedans ni d’en être dépendant·e·s. Ce sont des marées de micro-déchets – disséminés et ingérés – qu’on leur assène.

C’est là, que je vous annonce que nous sommes tous polytraumatisés. Nous sommes éduqués à l’aliénation et sa violence. Refoulez vos émotions, une seule persiste – perfide – et vous malmène. Cette bonne vieille colère qui mériterait nombreux workshops pour qu’on la gère.

Empiriquement, le non-dit est le plus fâcheux – instauré par le fait religieux et repris, à souhait, par nos constructions sociales bien bien patriarcales. Le confessionnal emmure, il tait au monde la douleur du béni. Dommage, je suis sûre que d’autres frères auraient eu de la sympathie. Je provoque .. Mais affirme que nous pouvons toujours changer de récit.

Si vous êtes de celles et ceux qui croyez, vous vous doutez que Dieu n’approuverait pas toutes nos suprématies. Argent blanchi, gloire et pétrole – sans que ça fasse frétiller chez Interpol.

Et si, en vérité, Il approuvât toutes nos ignominies; alors … j’ai sans doute pas compris ce qu’est le « prochain » dans ses écrits.


Un petit tour dans la matrice

Personnellement, j’ai toujours convenu : « Tout est décadent oui, mais nous y sommes habitué·e·s et les lignes ne sauraient bouger*. Et même si elles l’eurent su, c’est alors nous qui ne saurions. ».

[*je me rappelle alors de l’optimum de Pareto comme une boussole, un minimum d’exigences pour que les négociations du Contrat Social puissent être entamées. Après quoi je pense à la main de Smith, aux griffures et aux fessées qu’elle laisse sur nos corps depuis toutes ces années. Maintenant, cette baladeuse va même jusqu’à piocher dans le sac pour rétribuer les fascisés.]

Et, très sincèrement, je ressens le besoin d’être extérieure à notre société. La perte de contrôle, je pense que nous la ressentons tou·te·s. Mais moi je suis en profond désaccord avec l’entièreté de tout ce qui est en train de se passer. C’est bien lâche de ma part mais si je pouvais je ferais un rejet.


Hum hum. Chère Elma, c’est une belle pensée limitante que tu observes là ( »C’est trop compliqué alors j’essaye pas »). Un contentement frustré qu’il conviendrait de taire – Bim, bam, boum le doublé 💥

Mais enfin ! Qui a dit qu’il convenait de ?

Bon, petite exposition fortuite de ma psyché pour expliquer : j’ai pu observer toutes ces pensées et puis les ai remerciées (useless, merci mais non merci).

Enfin, je remarque que c’est lorsqu’on cesse enfin de se censurer (le fameux « même si »), qu’on trouve du grain à moudre et un léger souffle pour dépoussiérer les espoirs camouflés.


Parlons enfin de ces nouveaux récits.

Le « récit » est quant à lui déjà en marche, partout dans l’art comme dans la vie. Nous l’écrivons ensemble sans souci. Dans chaque branche de notre société, des gens (indépendant·e·s, entrepreneur·e·s, salarié·e·s, fonctionnaires et assimilé·e·s, particulier·ère·s, wikimédien·ne·s, militant·e·s, bénévoles,* , etc.) œuvrent à améliorer le quotidien de leurs semblables. Elles n’ont pas attendu que les bénéfices leur soient directement imputables, elles agissent en se sentant responsables.

*toutes les personnes non-binaires que mon écriture n’a pas su mettre en visibilité. Qui par leur extraordinaire force, nous permettent à tous d’avancer.

Quelques exemples pour vous illustrer :

  • De nouvelles banques qui financent uniquement des projets de transition et refusent d’être associées aux projets pétroliers (et al.). Accessoirement cela évite la terre brûlée – choix de la quasi-totalité des financiers, préférant la courte rentabilité, au risque et péril de tous nous tuer.
  • Autre exemple qui me plaît : nous avons un réseau d’éco-organismes pour organiser l’économie circulaire dans l’ensemble des filières. Quelle veine ! Plus qu’à refaire la loi qui vient de passer faisant des invendus une véritable aubaine : polluer ET défiscaliser. Pire encore, asphyxier les réseaux de vente secondaire; par des marées d’articles qui n’auraient dû être confectionnés (profitant par ailleurs d’une main d’œuvre que la nécessité a obligée).

➡︎ Dernier exemple sur la mise en place de politiques (issu de mes projets ultra-bolchéviques mdr), nous pourrions tout à fait organiser la souveraineté alimentaire et permettre à de nombreux agriculteurs de transitionner (dans leurs méthodes d’agriculture [et de genre si iels le souhaitent]). Nous pourrions tout à fait organiser le circuit court et le soutien aux petites exploitations.

Imaginons, si nous, gens de la ville, nous mettions à contribution. Nous pourrions composter tous nos déchets organiques. En lien avec les exploitants agricoles/ maraîcher.ère.s, la collecte s’organise et fournit en engrais sans chimique – au fur et à mesure de l’avancée du projet – et ce, potentiellement en très grande quantité. (Tant mieux, le déchet est directement valorisé et rejoint sa destination).

L’agriculteur·rice/maraîcher·ère vend ensuite directement à celles et ceux qui compostent, leur assurant une « base de clientèle » stable et de pouvoir fixer ses prix. Pour les g̶a̶u̶c̶h̶o̶s̶ consommateurs c’est la garantie de la provenance, du bénéfice socio-politico-écologico-économique et de la qualité des denrées ainsi produites.

Ce système a d’innombrables bénéfices, rendant chacun·e acteur·rice de sa consommation et de l’amélioration des conditions de production :

  • La production agricole / maraîchère consommée devient matière organique pour favoriser une nouvelle arrivée (la boucle « produit » est fermée).
  • Sur la distribution, la liaison directe producteur-consommateur supprime l’étape de la grande distribution (et c’est ça qu’on cherche wesh!), permettant de créer un écosystème local financièrement équitable pour les acteurs toujours autour de la table (à ce propos, méfiance aux coopératives qui viennent racketter leurs fournisseurs, trop isolés et précarisés pour contester les prix de vente qui leurs sont imposés).
  • La collecte mutualisée du compost règle le sujet du dernier kilomètre et pour ne pas revenir à vide, elle revient chargée des productions. Cette collecte pourrait être financée par le système (y a toujours un gain sur la marge de la grande distribution).

➠ Je simplifie évidemment. Je veux laisser entrevoir que le système n’est pas bloqué, qu’on peut même le faire évoluer le système au gré des nécessités. Ici, pensez à un système d’abonnement pour lisser les mois de l’année, un prix libre pour adapter aux possibilités de payer ou encore sans collecte (tristesse), mais un échange entre particuliers (sans effet de volume, cela perd un peu de son intérêt). ➜ Typiquement, je mets la lumière sur cette dernière parenthèse, ce ne sont que mes propos sans contradiction. Le but de penser / faire ensemble c’est que quelqu’un dise « ouais mais on peut quand même centraliser, faire une partie, modifier ceci ou cela ». Puis on avance à pas-à-pas.

↳ Ce que je veux dire ici c’est qu’il faut pousser des récits, des dizaines, des milliers tant qu’ils nous ouvrent l’esprit. Respectueux de chacun·e, pour la dignité de tous, enracinés dans la Terre pour calmer nos impétueuses gestuelles insensées. On brasse de l’air là où il faudrait aller le chercher. L’agitation ne freine pas la mort si vous ne l’aviez pas déjà constaté.


Quid de l’art et la culture pour diffuser ?

Je suis profondément persuadée que l’art et plus largement la culture sauront nous y aider. S’ils ont pu servir les pires des propagandes, ils demeurent plus qu’indispensables à notre liberté. La diversité de leurs formes nous reconnecte à qui nous sommes : des êtres émotionnels essentiellement subjugués par la beauté.

Pensez à la filmographie de Miyazaki, puis à l’IA; au nombre d’or, Spiral Jetty et finalement à Bardella. Mdr, comprenez c’est pas étonnant de vouloir déifier la forêt.

Il s’agit de ne pas uniformiser les visions portées par nos sociétés, nous pourrions chacun.e nous appuyer sur celles qui font appel à nos sensibilités. Diffusons-les, empreignons-nous, et décidons à l’unisson de pouvoir enfin être pleinement nous.

La culture n’est autre que le commun que l’art narre. Partageons nos visions du monde et développons l’humanité – pourvu que chacun soit protégé dans son intégr(al)ité. En cela, posons-nous urgemment la question : quel héritage laissé par notre espèce – à part ce prix d’interprétation du meilleur rôle autoritaire que, sans cesse, nous nous octroyons.

Nul besoin d’idéalisme ni même de s’apprécier pour savoir se comporter. Et si diminuer l’autre vous est nécessaire pour exister, je vous invite à consulter.

Car si le rire est un art, la moquerie, elle, exclue et différencie pour compenser des égos que la vie a fragilisés (annule et remplace la conclusion de mon dernier article mdr).

Enfin, si vous pensez faire parti de celles et ceux qui ne seront jamais menacé.e.s, levez la tête et observez. Tout est sujet pour étoffer le strident cri qui désormais nous assourdit. Sur cette dernière semaine, les politiques dits centristes suspectent les femmes maghrébines de promouvoir l’entrisme car elles devraient, par respect pour la République, dévoiler leurs cuisses. Les courses poursuites vont être systématisées en cas de refus d’obtempérer, au vu du délit de faciès généralisé, autant donner le permis de tuer. Enfin, les collectifs qui se battent pour que cesse le génocide sont éclatés tandis qu’on a le droit aux défilés sécurisés des milices aux croix g̶a̶m̶m̶é̶e̶s̶ celtiques.

On dit merci qui ? Merci Bruno, sacré cow-boy. Obnubilé par l’arabe et l’exhibition du corps des femmes (car quoi de mieux quand on méprise certains hommes que de s’en prendre à leurs femmes ?), il a préféré foutre le feu à la France quand il aurait pu juste fréquenter un psy ou même fumer un peu. Gérald lui avait pourtant dit que de s’appeler Moussa ne permettait pas d’avoir cette vie de paria. C’est sûr, quand on s’appelle comme ça… des non-lieux, on en obtient pas. Mais bon la condescendance a duré 30 secondes, le temps de retrouver une place et de s’occuper à tuer Moussa. Tant mieux, Gérald, range ce combat qui n’a jamais voulu de toi.

Il faut noter tout de même, que vous soyez arabe·s ou pas, que c’est aisé de trouver à chacun·e une particularité. Réagissons avant qu’elles fussent utilisées à seule fin de discriminer. Et oui, rapide calcul – s’il n’y a plus d’immigrés, y aura plus de coupables pour justifier nos vies de teubés. Par conséquent, il faudra bien à nouveau en désigner.


En conclusion

Battons-nous pour ce qui nous semble juste en mettant, si possible, de côté la peur et l’anxiété. Nous sommes tous plus que capables d’innover. La bataille est d’abord contre soi-même : remettre en doute ses convictions afin d’oser rêver, sans une constante contradiction. Choisissons un récit dans lequel nous souhaitons jouer un rôle et travaillons nos interprétations.

Face à la peur du changement – alors même qu’il peut se faire en glissant – peut-être devrions-nous nous rappeler … qu’il n’y aura pas d’avenir nouveau, si c’est le temps qu’on laisse glisser.

☀️