J’ai écrit un article sur la désirabilité, j’espère que vous prendrez plaisir à le lire, et que vous penserez – peut-être, qui sait ? –, aux désirs que vous-même brandissez.
Je vous en parlais précédemment (pressée d’amant), c’est un concept clé de l’économie circulaire (ici pour vous inscrire à une fresque, je vous le recommande vivement).
Et j’aimerais parler ici du désir autrement.
Pour espérer vous faire saisir l’entièreté du concept, je souhaitais vous livrer ma version, celle de mon désir à moi.
Passons d’abord par le très concret, un choix simple entre deux objets (im)matériels.
Puis, nous irons saisir l’expression d’enjeux plus philosophiques, moins tangibles … seulement aux premiers abords.
Concrètement, permettez-moi une comparaison douteuse :
Leboncoin versus Vinted
Je compare la chèvre et le chou, me direz-vous / médirez-vous / mais dit rêve où ?. Bon…Ce n’est pas une réelle comparaison de ces deux applications. En passant par ce biais, je tiens simplement vous parler de mon rapport à ces applications – de mon expérience bien personnelle de leurs modèles.
Mon utilisation à moi, et mes images mentales, qui fondent aussi mon désir, en tant / en temps / entends (que) consommateur (à bien relire trois fois en tendant l’oreille / entends dans l’oreille).
Une fois ces précautions établies, plongeons-nous à la découverte de mon désir.
- D’abord, Vinted.
Pour le contexte, j’ai refusé très longuement d’utiliser l’application (un peu comme Amazon que je refuse d’utiliser mais pour des raisons différentes). Il n’en demeure que j’ai fini par l’installer avec une règle simple : je n’y achèterai rien.
« Mais pourquoi l’as-tu donc installée ? »
Merci de me poser la question ! Mdr.
Je l’ai installé pour vendre des habits que je ne porte plus, j’en donne certains et pour les autres – qui m’ont coûté un rein – , j’ai fini par les mettre sur cette application.
Il faut savoir que nous ne portons pas 70% de notre placard – je vous invite à aller voir les vidéos youtube de Refashion , l’éco-organisme compétent sur le sujet. Je sais pertinemment que la tentation de l’accumulation est grande, d’où ma règle simple.
Je sais aussi que l’industrie de la mode, enfin la fast-fashion, est à l’origine de bien trop nombreux combats :
« L’industrie du textile dite « jetable » a des conséquences sociales : exploitation des enfants, des femmes, salaires précaires et conditions de travail indécentes », Rapport Oxfam, 2020
A ceci s’ajoute le désastre écologique :
- 4 milliard de tonnes d’équivalent CO2 sont émis chaque année par le secteur du textile
- La filière est le troisième secteur le plus consommateur d’eau dans le monde après la culture du blé et du riz.
- L’utilisation de matières premières qui posent problème : « le polyester est la matière synthétique la plus produite et représente 70% de la production de fibres issues du pétrole. Lors de l’entretien de ces vêtements synthétiques, on estime que 240 000 tonnes de microparticules de plastiques sont rejetées dans l’environnement chaque année »
- Les transports de dizaine de milliers de produits en avion pleins à craquer.
Le rapport est disponible ici : L’impact de la mode : les conséquences de la fast-fashion
Tout ces conséquences pour des habits qui ne sont même pas véritablement désirés. C’est l’injonction de l’achat.
Le besoin de suivre le rythme, d’évoluer avec le « cool », se définir par le style. Mais l’achat n’est pas une appropriation. Un habit montre notre style si nous l’avons justement stylisé, n’est-ce pas ?. Et vous pensez-vous être défini par un pantalon à 4€ ?
Non ? Moi non plus. En tout cas, pas si j’ai le choix (et je l’ai puisque je le conscientise), je préfèrerais ne pas être définie par un pantalon à 4€.
L’habit est un marqueur social fort (il suffit de regarder la clientèle de Balenciaga ou encore l’insulte du « TN – Lacoste »). Je ne vais pas être perçue de la même manière si je porte un jogging et un sweat versus un tailleur et des talons. Pourtant, j’aurais toujours les mêmes idées. Cette perception nous dépasse et, nous l’intériorisons… C’est une discussion pour un autre moment.
On voit bien là que la valeur de l’objet / du produit de consommation est ridicule. Sa valeur monétaire (mais également sa valeur en tant que produit) est très faible.
C’est l’effet d’aubaine que propose cette plateforme.
Là où le rêve de la seconde main tient dans la qualité « que nous ne savons plus faire aujourd’hui », le rêve sur Vinted est un échange (polluant car livré) d’objets majoritairement de piètre qualité et en provenance de la fast-fashion.
Une autre problématique (outre la livraison en transports [Espagne, Italie, Irlande, etc] et l’aubaine pour la fast-fashion) est malheureusement liée au modèle ou plutôt à son utilisation. Utilisée à majorité par des femmes qui – par définition – portent des vêtements, cela a suffi pour que des comportements de harcèlement et même d’aggression voient le jour (Harcèlement, agressions, menaces : brader ses vêtements sur Vinted peut coûter cher – Psychologies.com).
Je n’approfondis pas ce dernier point, j’ai pour but de rester au format article mdr.
- Ensuite, Leboncoin.
(Je ne suis pas du tout impartiale, je vous préviens).
Je vous parle ici uniquement de mon utilisation / de ma consommation (je sais qu’on peut aussi l’utiliser pour mille autres raisons : donner des cours de langue, acheter un véhicule ou un logement, rechercher un timbre rare, etc).
Par le gré des hasards et des rencontres, je me suis beaucoup intéressée aux objets de design des années 70. De plus, je me suis aperçue que j’aimais les matériaux qui bougent peu (bois, chrome, verre).
Arrive le moment d’emménager chez moi. J’ai passé des journées à sélectionner avec soin les futurs objets de mon quotidien. Parce que j’en avais le choix et qu’en plus j’aime particulièrement ça ! J’ai surtout choisi des objets à faire revivre, à redorer et, surtout, ceux qui avaient un potentiel à transformer pour me les approprier.
Finalement, je dirais que ce que j’aime dans Leboncoin tient dans différentes raisons :
- D’abord, la recherche d’un objet à mon goût. Cette notion est intéressante. Car mon choix de l’objet me définit autant que je le choisis. Il devient une préférence, à force de récurrence. Je vous ai dit plus haut que j’aimais le design des années 70. Si cet objet à mon goût ne rentre pas dans la case mentale comme appartenant au design des années 70, alors mon goût a évolué. Mon identité également : je finirai par ne plus me définir comme une (jeune) femme qui aime les objets design des années 70 (peut-être dirais-je que j’aime l’intemporalité, qui sait !.).
- Ensuite je recherche aussi l’unicité (puisque cela me définit, cf mon post) et la rareté. Il m’est arrivé d’attendre des mois avant qu’un objet similaire reparaisse. Et dans l’attente, enfin, la non-satisfaction immédiate de mon désir, celui-ci se voit augmenter (sur ce point, regardez les conférences du fabuleux André Comte-Sponville)
- Enfin, ce que j’aime sur Leboncoin c’est d’aller à la rencontre des gens.
J’ai pu récupérer un lampadaire chez une orthoptiste à Boulogne, j’ai acheté mon porte-manteau chez une dame qui rénovait son appartement au Kremlin-Bicêtre, puis une commode en bois chez un étudiant qui partait en quête d’aventures à l’étranger, les poignées de mon bureau, à deux pas de chez moi, d’une dame que jamais je n’aurais imaginée vivre là.
J’ai aussi rencontré un commerçant, dans mon point relais, chez qui, tous les samedis, les associations donnent bénévolement des cours de langues à ceux qui souhaitent communiquer.
Voilà / Vois-là ce que j’aime finalement. C’est d’expérimenter des brins de vie, des petits moments qui nous sont permis par la proximité, le don, le prêt et la volonté de faire continuer à vivre nos objets.
Tout cela pour dézoomer : tout n’est pas qu’une question de matérialité.
Conclusion
La désirabilité c’est donc le système de valeurs qui me permet d’estimer un produit que je consomme.
Pour moi, plus le produit nécessite que je me l’approprie, plus il dure longtemps tout en étant respectueux de l’environnement, plus je suis en accord avec mes valeurs (et donc la valeur mon produit en est impactée).
Mon désir se résume en 4 principes : esthétique, durabilité, unicité, si possible écoconception, si non, conception dans le respect de l’environnement et des travailleurs.
Et c’est là que le bât blesse. Car il est difficile de faire rejoindre ces principes en un produit de consommation.
Si on s’arrête ici dans la réflexion, nous nous arrêtons aussi ici pour notre con-sommation. Or, j’intègre un élément philosophique qui me fait plaisir (je choisis de la faire, mon choix est conscient et pourtant non rationnel).
En effet, je me reconcentre sur ma croyance : je ne suis pas seule à désirer mieux. Et c’est là que mon système de croyance reprend le pas que j’avais fait de côté. Et ainsi, je peux continuer à consommer mieux, imparfaitement mais en me permettant le questionnement.
On peut aussi évoquer la méthode bisou (besoin, immédiat, similaire, origine, utilité) pour penser un achat. Ou, plus rapidement se demander :
- Est-ce que j’en ai besoin ? Est-ce que j’en ai envie ? Ou est-ce qu’on me fait croire que j’en ai besoin ou envie ?
A celles et ceux qui ont lu jusqu’au bout, merci (that means a lot to me !) !
Prenez soin de vous et soyez conscient.e.s de vos désirs
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