Au sujet de la beauté

Au sujet de la beauté


Le soleil étant fâché, je vous parle de beauté. ☀️

Je me suis arrêtée sur un passage du livre de Quéré où il exprime le regret : l’indicibilité de la beauté. Je concède, le propre de l’homme est de vouloir la partager bien qu’elle soit intranscriptible par nos vocabulaires trop limités.

Sur les réseaux, si vous y partagez vos vacances, vos réussites, vos fiertés, c’est qu’elles représentent le beau que vous expérimentez. En tout cas, celui qui vaudrait le coup d’être partagé.

Cela illustre la privatisation de la beauté, hypersélectionnée et, en général, monétisée (nous n’avons pas tous accès aux mêmes beautés – vous conviendrez). Mais, plus encore, la beauté affichée exclue le difficile, la pudeur, la douleur, somme toute, la plus grande partie de nos réalités.

Si je cite un scientifique pour vous parler de beauté, c’est que je suis persuadée que c’est dans le moche et la difficulté que se forme une toute autre beauté. Je ne dis pas que les sciences sont moches, simplement, la science ne saurait rationaliser la beauté. La 1ère dissèque le monde à la recherche de preuves à scruter et objectifier (le terme est important). La 2nde démultiplie ces preuves pour nous permettre de continuer.
La science cherche la règle que la beauté sait créer.

La beauté et le parfait ne sont pas liés, l’une est réelle, l’autre fantasmé. C’est justement dans la laideur et l’imparfait que le beau naît.
Je ne crois pas au seul esthétisme de la beauté, seule l’industrie du design nous le promet. Pour avoir trop fréquentés ses fanatiques, je sais que l’esthétisme n’est qu’une ridicule volonté de faire croire à sa supériorité.

Tout cela pour dire que nous avons associé esthétique, rareté et beauté.
Dans la méritocratie, la beauté synonyme d’exploit sert le récit.
La pointe de Notre-Dame sera d’autant plus belle que Bernard a cravaché pour sa seigneuriale générosité. C’est sans savoir que nous tous, imposables et gueux -malgré tout- responsables, avons payé pour la part belle de son amabilité. Car, le don pour le beau a bon dos quand il participe à se gargariser. Nul n’ignore que s’il payait ses impôts – comme nous tous pèquenots – des cathédrales, synagogues et mosquées, on aurait pu en restaurer, et ce sans que Bernard y tire sa gloire.
Mais celles construites après 1905.. Chut.

Pour conclure ces propos sans but, identifiez ce qui vous semble laid et demandez-vous ce qui vous y déplaît.
Est-ce une raison qui vous est propre ? Ou vous a-t-on dit que c’était inutile ou impropre ?
Vos rêves sont-ils beaux, laids ou de futiles fadaises pour un impossible enchantement ?

Chacun·e est libre de mettre le curseur de la beauté où ça lui plaît. Encore faut-il se demander : « Au fond pour moi (et seulement moi), le beau c’est quoi ? »



À vos neurones – puissent-ils trouver la quintessence de vos sens.

Je vous laisse avec une ultime rêverie retardataire :

Dernière rêverie que je partage ici : que Thomas Jolly mette des paillettes dans nos vies. Vite vite, le PS – genou flamby – a offert sa main (dé)tendue à Sébastien Lecornu.
Si le propre de la beauté est bien d’être saisi.e, d’être frappé.e (dixit Quéré), certaines atrocités ont tout à fait le même effet. Comme celles et ceux qui définissent notre identité comme unique et blanche immaculée. Il y a des mots/maux qui ne s’oublient, la facilité a un prix. Celui du mépris envers celles et ceux qui en sont mis.e.s au ban; cet immense pan qu’on aurait autrefois appelé – tant pour ne pas froisser que pour invisibiliser – : « la diversité ». Comme l’identité (dont la pluralité est niée), la beauté ne saurait être ni dictée ni uniformisée. Une fois définies, elles sont standardisées et perdent ainsi leur vie.
Alors rappelons-nous que c’est la beauté – dans la tristesse, l’impuissance ou la difficulté – qui nous fait traverser les pires moments : les deuils, les maladies et les isolements. Elle qui nous écoute, elle se transforme. Et puis nous apparaît, pour que sa perception écourte enfin notre envie de tout envoyer valdinguer.
En bref, méfions-nous de la « pure » beauté qu’on nous impose, car elle est là pour masquer bien d’autres choses.

☀️