Il m’est arrivé quelque chose et je souhaite de tout cœur que chacun et chacune puisse expérimenter.
Je vous dis juste en quelques mots d’où je vous parle pour comprendre le contexte. C’est un sujet – j’allais dire apolitique – mais non rien ne l’est, donc je dirais transpartisan. Je m’adresse à vous tous quelque soit votre genre, votre âge, vos origines, vos opinions, vos réussites et vos échecs.
Nous avons tous des rôles sociaux (dans nos milieux familiaux, amicaux, professionnel). Certain.e.s en sont très conscient et ont réussi à adapter leurs rôles à ce qui leur convenait. Pour d’autres, les rôles sont limitant et nous enferme dans des comportements, dans des schémas. Rien de nouveau jusque-là. Je fais partie des autres, celles et ceux pour qui leur rôle attitré est limitant.
J’ai extrêmement souffert ces derniers temps. Et je ne sais pas comment vous appréhendez la période qui s’ouvre devant nous avec toutes ces paroles médiatiques que nous entendons aujourd’hui. Moi ce qui me choque énormément c’est le discours sur l’impossibilité : « on ne peut pas faire, on ne doit pas faire », « nous sommes contraints de », etc.
Toutefois, une après midi d’été, ça a cliqué.
Ça y est.
Je crois que j’ai comme retrouvé un brin de vie après des mois, que dis-je, des années de survie.
Aujourd’hui, j’ai eu envie de me changer les idées et soudainement m’est venue l’envie de peindre un de mes murs. Me voilà toute exécutée à scotcher tout au long des murs. Une couche d’impression et deux plus tard, j’ai fini le travail.
Ultra satisfaite – ce qui ne m’arrive nullement- je me rends compte que quelque chose a changé.
Soudainement, cette envie de « mise en pratique » et la pensée qui s’en suit :
« Je crois qu’il faut peindre non pas pour voir le beau mais pour se rendre compte que nous savons le créer. Nous sommes tous capables de créer de la beauté. De se rendre beaux sans même parler d’esthétisme (et des logiques classistes qui s’y cachent). »
Je vous invite, comme moi, à faire – à l’abri des regards – une mise en pratique.
La mise en pratique n’a pas vraiment de règle. La seule consigne et celle de faire taire les petites voix qui disent « ça ne sert à rien », « c’est nul », « c’est pour les fragiles ou c’est pour les gamins ». Je vous invite juste à faire, personne n’a besoin de le voir ni même de savoir. C’est entre vous et vous seul.e.
MISE EN PRATIQUE
La mise en pratique consiste à se procurer de quoi peindre, une feuille, un ou deux pinceaux et quelques couleurs. Je vous invite à vous laisser faire : mélangez les couleurs que vous avez, pourquoi pas en créer une nouvelle. Vous pouvez écouter de la musique si cela vous met à l’aise. Enfin, peignez, laissez une trace sur le papier.
Ne représentez rien de particulier, si des émotions vous viennent, la colère par exemple, utilisez-la. Peut-être ferez-vous un grand mouvement de bras, utiliserai des couleurs qui vous font penser à cela, ou que vous taperais sur votre feuille avec le manche du pinceau. Ça compte, tant mieux, faites-le. Ne cherchez pas le beau, on s’en fout, ce n’est pas l’exercice. Juste faites et quand vous en avez assez, arrêtez.
POST MISE EN PRATIQUE
Si vous avez fait cette mise en pratique, alors vous vous êtes autorisé.e.
Vous êtes beau, vous êtes belle, ne serait-ce que par l’action, par le service que vous vous rendez. Celui de s’autoriser sans jugement, sans attente, à se chercher un petit peu, sans forcément se définir.
Et c’est tout. Et c’est ça qui change tout.
Vous ressortirez peut-être de cette mise en pratique avec une légère déception, vous auriez aimé vous découvrir artiste et, finalement, cela ne vous semble ni beau ni intéressant.
Laissez un peu de temps et repensez-y.
Qu’est-ce que vous auriez aimé changer ? Avez-vous des regrets ? Comme ceux de ne pas avoir essayé certaines choses ?
Laissez-vous encore le temps d’y penser.
Et si l’envie vous revient d’essayer, soit de reprendre votre ancienne peinture si vous ne l’avez pas, dans un excès, brûlée ou jetée, soit d’en recommencer une autre, faites-le encore.
De la même manière, laissez-vous porter sans jugement. Peut-être en essayant les améliorations auxquelles vous aviez pensées ; en laissant des idées nouvelles prendre le dessus ou simplement en se laissant guider par le mouvement, la couleur ou le grain du papier.
Dans tous les cas, vous avez déjà créé.
Et …
Si vous y réfléchissez, par cette mise en pratique, vous aurez compris que vous êtes actrice ou acteur de la beauté. Vous êtes en capacité non seulement de la voir (et de vous faire votre avis sur ce qui vous semble beau ou laid) mais aussi de faire entrer la beauté dans votre vie à tout moment, au moins par vos actions, par votre comportement.
Et oui, vous vous êtes donné·e à vous-même du temps, un temps sans jugement, sans attente, sans pression. Du temps avec vous même, à vous écoutez, à essayer, à inventer certainement, bref vous vous êtes donné, le temps d’un instant, ce que peu de gens dans la vie peuvent prétendre entièrement.
(Et rien que pour ça, parce que vous avez refuser de vous limiter, c’est le début de la liberté).
