Pub et imaginaire


« Actually it’s IKEA » (janvier 2025), relayée notamment par Creapills

A la première lecture, c’est une très belle publicité qui joue avec une certaine compréhension des codes : la place belle à l’accessibilité (prix et mise en valeur du produit), la reprise des codes du luxe et un brin d’humour.
« Ce n’est pas cher et c’est stylé (un must-have !) ».
Justement, la question se situe là dans le « must-have ».

Si d’un point de vue écologique, on ne peut que souligner le travail du groupe en matière de réduction de son empreinte (avec des objectifs de neutralité à court terme), IKEA se heurte toutefois aux limites de son modèle. Le principal poste d’émissions étant celui des transports (les magasins sont difficilement accessibles sans voiture). Une offre de service en transport en commun pourrait pallier cet aspect (mais quel coût si seul IKEA en assume les frais ?).

Plus loin dans la réflexion, nous nous questionnons sur le public visé par cette publicité. Il se veut large (revenus modestes à aisés). Et c’est sur la frange « aisée » que se joue le combat.
Et c’est là qu’IKEA devient dangereux sur le marché concurrentiel.
Mais aussi dans le domaine de l’inconscient : si on me présente des articles peu chers et qui permettent l’accession à des classes sociales supérieures, je suis piquée dans mon égo.

Je vous propose ma stratégie imaginaire (étant donné mon appétence pour l’économie circulaire) où je prends la place d’un cabinet de designer, concurrent indirect d’IKEA néanmoins installé sur le marché du mobilier de luxe.
Je reprendrais les codes de la pub d’Ikea en les renversant (uno reverse). Typiquement, en prenant le mobilier d’Ikea avec une vue « Andy Warhol » (pour insister sur la symbolique de la consommation de masse).
Le slogan d’IKEA détourné « un mobilier conçu pour TOUS donc pour PERSONNE » : images à l’appui de « chez-soi » mal rangés malgré / avec / du fait des meubles IKEA.
Le concurrent ouvre alors une première interrogation à son public (qui s’est peut-être reconnu dans ces représentations mal rangées), celle de l’identification (à quelle situation est-ce que je m’identifie ? et plus tard, à quelle situation est-ce que je souhaite m’identifier ?).
Le concurrent positionne ainsi son produit comme un achat d’investissement : « Oui c’est plus cher MAIS c’est uniquement pour vous (exclusivité), ça vous correspondra parfaitement (sur-mesure) et ça durera longtemps (durabilité).

Il y a plusieurs bénéfices : la contre-attaque sur le prospect potentiel, la fidélisation de la clientèle habituelle qui se distingue (comparée aux consommateurs IKEA), la mise en avant des atouts du concurrent (artisanat, matériaux responsables éco-conçus et adaptés).

Cette publicité imaginaire déplace ainsi la valeur de « cool c’est abordable » à « mon achat me définit en tant qu’individu » (tout ça inconsciemment évidemment !).

Qu’en pensez-vous ?

☀️

Posted in ,

Laisser un commentaire